Le problème politique de la France peut se résumer à ceci : ceux qui veulent réformer les Français ne veulent pas se réformer eux-mêmes.

…D’où la légitime résistance des Français. La solution : la redistribution du pouvoir et la responsabilisation à tous les échelons. Cela passe par le renouvellement en profondeur des conceptions, donc des décideurs au sommet. Comme le disait Einstein : « le mode de pensée qui a généré un problème ne peut être celui qui va conduire à le résoudre ».

  1. On vous connaît pour vos responsabilités départementales dans le domaine financier. Vous entrez en politique ? Les affaires de la cité ne devraient pas être un domaine réservé à une catégorie de citoyens, de préférence parisiens, qui en représentant les autres leur confisquerait la parole et seraient les seuls à avoir accès aux médias. Chaque citoyen, à la manière des athéniens dans la démocratie antique, devrait pouvoir se lever dans l’agora et donner à ses pairs « concitoyens » son avis sur ce qui va et ne va pas et pouvoir faire des propositions, dont la pertinence devrait être le facteur décisif de médiatisation. Vivant et travaillant en province depuis plus de quinze ans, j’en suis arrivé à la conviction que c’est sur le terrain, dans le secteur privé et le monde associatif, les services extérieurs de l’état et parmi les élus locaux que l’on sait ce qu’il faut faire et comment le faire, plutôt que dans les ministères ou les Etats-majors, tous loin de la « zone de création de valeur » comme dit Vineet Nayar[1]. C’est à la périphérie, riche de ses solutions et d’expériences, de prendre le pouvoir aujourd’hui. Cette révélation a conduit le parisien recyclé que je suis à participer, après des rencontres décisives, notamment celle de Jacques Bichot, auteur en 2012 d’un « Abécédaire de l’anticrise »[2] toujours actuel, à la création en 2013 d’un mouvement civique qui se veut force de propositions concrètes (voir « charte » et « mesures phares » sur le site renouveaudemocratique.org ). Nous sommes animés par l’idée que l’on ne réforme pas en profondeur un pays sans un assentiment populaire suffisant et transcendant les clivages idéologiques artificiels, un assentiment qui ne peut se faire que sur un programme politique explicite et réaliste, ce qui ne veut pas dire détaillé, dont la ligne directrice doit être la responsabilisation tous azimuts. A partir de là quelques mesures-clés permettraient à elles-seules, de remettre en ordre les affaires du pays et d’en ré-ouvrir l’avenir, quitte à devoir faire l’objet d’une mise en œuvre sur la longue durée, car personne ne peut prétendre pouvoir régler une longue accumulation d’erreurs ou de lâchetés par un coup de baguette magique. Mais il faut tracer à l’avance les grandes directions pour savoir où l’on va. Il suffirait d’assez peu de choses pour que la donne de notre pays soit changée et que la formidable énergie à l’heure actuelle bridée par une chape de plomb politico-administrative et des « frais de siège » disproportionnés par rapport à nos moyens, circule mieux dans notre pays et le fasse repartir de l’avant collectivement, car nous souffrons tous de cette « résistible » marche vers l’abîme. A cet égard l’Eure-et-Loir a valeur de véritable laboratoire politique et de banc d’essai. Et il existe bien d’autres territoires innovants….
  2. A quelles mesures-clés pensez-vous par exemple ?  En matière de gouvernance, le septennat unique, la diminution drastique du nombre d’élus nationaux et locaux, la limitation du renouvellement des mandats pour favoriser la rotation des élus à combiner avec un strict respect du non cumul des mandats exécutifs et la suppression d’un certain nombre d’avantages incongrus de la classe politique (comme la réserve parlementaire), la faculté de recourir à des referendums d’initiative populaire au niveau local ou national suffirait à transformer de fond en comble les incitations des élus à faire le travail pour lequel jls sont élus, quitte à devoir largement renouveler, et diversifier, le personnel politique.                   En matière sociale, respecter le principe de non-rétroactivité des réformes changerait le regard des Français sur celles-ci. Si l’on pense par exemple que le statut de la fonction publique recouvre à l’heure actuelle un trop grand nombre de fonctions et rigidifie l’action publique, en limiter pour l’avenir l’accès à des fonctions « régaliennes » éviterait d’envisager l’idée impraticable, et inacceptable pour ceux à l’égard de qui la puissance publique s’est engagée, d’une suppression pure et simple de ce statut que propose certains, ou les suppressions à la hache de centaines de milliers de poste que propose d’anciens haut-fonctionnaires entrés en politique, pour aller vers une fluidification progressive, dont la fonction publique serait partie prenante et non victime. C’est d’ailleurs la proposition raisonnable qui a été faite par le député-Maire de Chartres, susceptible de fédérer les progressistes de tous bords car elle permet une évolution au fil de l’eau et en profondeur sans créer de ressentiment. Réformer pour l’avenir au lieu de faire prévaloir le statu quo en cultivant des réformes chimériques est la bonne manière de réformer même si elle prend du temps. Les projets de réforme brutale ne sont qu’une autre forme de démagogie et ne peuvent déboucher que sur le statu quo.En matière sociale toujours deux autres mesures « simples » suffirait à changer la donne en France : 1) que les comités d’entreprise puisse signer des accords d’entreprise à côté des syndicats, incitant ceux-ci à une représentativité réelle de leurs mandants à l’intérieur des entreprises et 2) l’adoption d’une fiche de paie vérité qui supprimerait la distinction juridique fictive entre cotisations sociales patronales et salariales et les gué-guerres stériles qu’elle entraîne, car elles ponctionnent toutes deux le salaire net final. Cette feuille de paie-vérité obligerait les partenaires sociaux à de vraies discussions sur le coût global du travail et pousserait les syndicats  à une gestion optimale de la protection sociale puisque cette optimisation serait un des meilleurs moyens d’augmenter le salaire net. L’intérêt des salariés rejoindrait l’intérêt général…
  1. Comment voyez-vous le sujet primordial de la réorganisation territoriale ? Et quel est votre point de vue sur la réforme des régions ? Grâce au ciel la région Centre Val de Loire est épargnée (comme l’Ile de France…). La question, face à cette réforme décidée en haut tout d’un coup (et qui n’était pas dans le programme du candidat Hollande) est de savoir si elle a de la valeur ajoutée pour l’homme de la rue, le citoyen de base, ou si elle accroît la facilité de pilotage des administrations centrales qui réduisent drastiquement le nombre de leurs interlocuteurs, quitte à faire supporter en bout de ligne des coûts et des souffrances bien réelles mais non comptabilisées pour un bénéfice assez théorique. On verra dans quelques années le bilan que l’on peut en dresser en comparant les régions qui ont changé de périmètre à celles qui ne l’ont pas fait. Il est à craindre, dans cette réforme comme dans le renforcement de l’échelon étatique régional qui l’accompagne, que l’on confonde une mutualisation et une numérisation bienvenues pour simplifier la vie du citoyen et améliorer le rapport service rendu / coût des services publics avec une centralisation accrue des décisions publiques au risque de précariser plus de territoires.  Méthodologiquement parlant, c’est un parfait contrexemple, en ce sens utile, de conduite des réformes, car c’est par la voie remontante qu’il faut procéder en trouvant expérimentalement le bon compromis d’efficacité et de proximité du pouvoir local. C’est le chemin d’une démocratie d’adultes, à substituer au réflexe jacobin qui infantilise. Si le but est d’améliorer le service final au citoyen, l’angle d’attaque du mille feuilles territorial est plutôt celui du nombre excessif de communes et de la précarité croissante de leurs moyens. Face à cette réelle urgence, la solution consiste à encourager les fusions de commune, en suivant le modèle de Tremblay les Villages[3], et à développer organiquement les intercommunalités, comme cela se fait sous nos yeux sous l’effet de restrictions budgétaires responsabilisantes, un mouvement qui pourrait conduire à des recommpositions départementales et à une régionalisation plus volontaire selon des critères d’affinités géographiques, historiques et culturelles. Au fond ici l’Etat aurait pu se contenter d’accélérer les évolutions en cours en renforçant l’incitation budgétaire sans réorganiser d’en haut l’échelon territorial le moins problématique, et aurait dû se concentrer sur sa propre efficience territoriale en faisant la chasse systématique aux doublons dans ses services extérieurs, quitte à redéployer des fonctionnaires dégagés de fonctions devenues inutiles ou redondantes dans des missions d’accompagnement des collectivités territoriales, voire des association ou des entreprises privées.

 

Bernard Cherlonneix Président de l’Institut pour le Renouveau Démocratique.[4]

 

[1] PDG indien, Auteur de « Les employés d’abord, les clients ensuite, Comment renverser les règles du management ».

[2] Les enjeux 2012 de A à Z, l’Harmattan.

[3] Commune d’Eure-et-Loir créée en 1972 par association-fusion de 6 communes de très petite taille.

[4] Cf www.iprd.fr .

 

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Une réflexion au sujet de « Le problème politique de la France peut se résumer à ceci : ceux qui veulent réformer les Français ne veulent pas se réformer eux-mêmes. »

  1. Pertinent et clair… Cet article dessine bien la philosophie de RD. J’attends les commentaires et les retours citoyens !
    Continuons, et a faire circuler…

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