En finir avec la schizophrénie écologique

La préoccupation écologique de protection de la nature a pour finalité déclarée le bien présent et futur de la société humaine, et non pas seulement la préservation de la nature en soi, abstraction faite de l’humanité qui l’habite et la finalise. Cette subordination à la finalité humaine et sociétale de la préservation de la nature est le noyau même de la définition du « développement durable » : un développement qui vise à assurer aux générations futures le legs d’un capital naturel au moins équivalent à celui que les générations présentes ont reçu de leurs parents. Le développement durable porte sur le « chez soi » (oikos) complet de l’homme, que la sur-exploitation de la nature ou le manque de respect à l’égard du patrimoine minéral, végétal et biologique menacent. Il rappelle cette évidence que la société humaine ne vit pas hors sol et que les objectifs économiques et sociaux de bien-être et de croissance ne doivent pas conduire à négliger le soubassement naturel de la vie économique et sociale, négligence qui finirait par se retourner contre l’objectif même de développement. L’expression de « mal bouffe » de José Bové résume particulièrement bien cette finalité sociétale et humaine du mouvement écologique.

L’écologie est une forme d’évidence

Ce courant, moderne dans son expression, rejoint les préoccupations des grandes religions, qui insistent sur le fait que l’homme doit se comporter sur terre non en propriétaire libre de tout devoir mais en intendant zélé soucieux de préserver ou de faire fructifier l’héritage reçu et confié à l’homme par Dieu. Il rejoint aussi l’instinct naturel de la cellule familiale qui tend à se préoccuper de l’avenir des enfants en les dotant d’un capital humain, foncier et immobilier, qualitativement et quantitativement au moins égal à celui des parents et des grands-parents. Un instinct naturel renforcé dans les « pays développés » par la désolation que les ravages industriels ou les pollutions diverses infligent solidairement à toute l’humanité peu importe où ils se produisent. Qui d’ailleurs ne se sent pas atteint dans sa chair par une marée noire ou concerné par la baisse des nappes phréatiques ? L’écologie est pour nous tous devenue comme une seconde nature (l’an 01 de Gébé dans Charlie Hebdo ne date pas d’hier). Mais une écologie naturellement inclusive de sa finalité humaine, naturellement humaine, « par définition », où le bien qu’est la nature est ordonné au bien de l’homme. L’écologie, tout comme l’économie dont elle n’est au fond qu’une variante, ne se conçoivent qu’au service de l’homme.

Ne toucher à la société également qu’avec tact

Ce souci de préservation de la nature pour le bien présent et futur de la société humaine, partagé comme jamais dans nos sociétés, poussé en France jusqu’à la constitutionnalisation du principe de précaution, rend particulièrement illogique une intervention législative directe « irresponsable » et « sans précaution » sur la société humaine, qu’il s’agisse de bio-éthique ou de droit de la famille. S’il n’est pas admissible de bricoler la nature comme on le veut en raison des risques que l’on ferait courir à nos sociétés en libéralisant la culture des OGM ou l’exploitation du gaz de schiste, comment peut-on admettre qu’il soit loisible de bricoler les liens sociaux fondamentaux sans même penser à une étude d’impact préalable ? Car la probabilité de déséquilibres psychologiques d’enfants adoptés par des couples de même sexe et de renforcement de l’anomie sociale dans des sociétés contemporaines, dont le lien social est unanimement considéré comme très fragile, est au moins égale à celle de notre empoisonnement par l’utilisation de maïs OGM dans l’alimentation animale. Qui osera nier en tout cas que cette innovation sociale de rupture comporte ce risque et relève donc bien du principe de précaution ? Le prétendre est faire preuve d’illogisme caractérisé et par conséquent de grave irresponsabilité politique.

Pourquoi ce strabisme politique, sinon par aveuglement idéologique ? Pourquoi cette schizophrénie moderne particulièrement aigüe en France où le gouvernement se paye  le luxe de soutenir au même moment deux positions en réalité antagonistes (il n’est pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir) :  l’interdiction obscurantiste de toute expérimentation sur l’exploitation du gaz de schiste et la libéralisation irresponsable de l’union matrimoniale (jusqu’au changement de nature totalitaire du sens du mot « mariage » qui a toujours et partout été défini comme « l’union d’un homme et d’une femme » y compris dans les sociétés où la polygamie est admise) de l’adoption et potentiellement de l’assistance médicale à la procréation et de la génération pour autrui.

Qu’a fait le Conseil constitutionnel?

 Une écologie évidemment humaine devrait a fortiori être encore plus précautionneuse avec les manipulations législatives des principes fondamentaux de l’organisation sociale qu’elle ne l’est avec les manipulations génétiques ou les exploitations de la nature susceptibles d’avoir des conséquences négatives sur le bien-être et la qualité de vie, présente et future, de nos sociétés. Il est en ce sens parfaitement incompréhensible, et en réalité stupéfiant, que le Conseil Constitutionnel, en véritable Ponce-Pilate des temps modernes, ait refusé d’apprécier la constitutionnalité de la « loi Taubira » au regard du principe de précaution, qui est le vrai sujet « sociétal » de cette loi. Comme le demande fort bien le fondateur de « l’agro-biologie » Pierre Rabhi : « quelle société allons-nous laisser à nos enfants, mais quels enfants allons-nous laisser à notre société » ? Il est temps de mettre fin à cette hypocrite schizophrénie.

Une réflexion au sujet de « En finir avec la schizophrénie écologique »

  1. Ouai, je te reconnais bien la Bernard 😉 Apres effectivement le soucis c’est que tout le monde ne met pas les choses sur le meme plan… Il ya aussi que sur les degats de l’ecologie, il a fallut quand meme des 10aines d’annees et demontrer que ce n’etait pas un caprice de doux reveurs que de remettre en cause certaines pratiques… Apres plus de 40 ans de commerce equitable en france, on commence tout juste a voir une conscience ethique sur ce que devrait etre le commerce, des scandales sur les medicaments commencent a faire croire que finalement ce n’est pas forcement anodin… Alors sans doute que c’est pareil : il faut descendre au fond de la piscine pour pouvoir remonter ensuite en ayant touche le fond… Dans ce sens la oui, le principe de precaution aurait ete une idee…Mais sur ce sujet, il ya sans doute trop de references a des societes qui condamnent, l’union de meme sexe, parfois durement et contre tous principes des droits de l’Homme, pour que la confusion ne brouille tout jugement depassionne…

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