Les verts contre le mariage bio?

           La loi autorisant le « mariage homosexuel » vient d’être votée le 22 avril dernier avec le concours de l’ensemble de la majorité parlementaire. Une question se pose tout de même quant au soutien écologiste à ce projet, qui intéresse les délibérations du Conseil constitutionnel, même si elle ne l’a opportunément guère été jusqu’alors : que sont venus faire les verts dans cette galère du « mariage génétiquement modifié » (ou « MGM » selon la remarquable expression que nous empruntons à Jacques Bichot) ?

Il est étonnant, même confondant, de voir que les verts ont à peine discuter le projet d’institutionnalisation des unions homosexuelles de peur de se mettre au ban du progressisme, malgré quelques troubles de conscience « internes ». Ils l’ont fait timidement au nom d’une dérive eugéniste possible, du changement de sens de « l’assistance médicale à la procréation » des couples stériles transformée en droit à avoir un enfant lorsque l’on n’est pas en situation d’infertilité mais d’impossibilité biologique de procréer et du risque de favoriser demain la gestation pour autrui (1) , c’est à dire la location des ventres de femmes socialement défavorisées, éventuellement remboursée après-demain par la sécurité sociale.

Pourquoi toutes ces critiques et interrogations parfaitement légitimes, mais qui ne font que porter sur la suite logique du projet de mariage homosexuel, aux antipodes du mariage naturel « hétérosexuel » ne portent-elles pas d’abord sur le projet de mariage « OGM » lui-même ? On est prêt à aller faucher du maïs OGM, dont on craint les effets lointains possibles sur la nourriture humaine par le biais de l’influence éventuelle sur la chair des animaux que nous consommons au nom d’une application sourcilleuse du principe de précaution, mais on ne « voit » même pas le problème social, éléphant dans le corridor, que ce bouleversement institutionnel va introduire dans le champ social, la vie de nos sociétés, la tête des enfants adoptés ou fabriqués à l’extérieur de ces « paires » symétriques puisqu’ont ne peut plus, techniquement, parler de « couples », asymétriques par définition. Là où le principe de précaution semblerait éminemment de mise, il n’en est tout d’un coup plus même question. Prendre des précautions à l’égard de la société humaine que les apprentis sorciers LGBT sont prêts à ébranler dans ses fondements mêmes, mais pourquoi donc ? Ici le « on verra bien » reste de mise. Protéger l’homme autant que l’abeille, vous n’y songez guère (2) . Le petit de l’homme ? Qu’il se débrouille (l’impasse sur ce « muet » a déjà été entérinée de longue date). Ne ressemblent-ils pas en la circonstance ces prophètes d’apocalypse à ces docteurs de la loi qui « filtrent les moucherons et laissent passer les chameaux » ? Ils luttent contre la « malbouffe » supposée, mais autorisent le « chaos social » probable. Pourtant c’est bien dans l’intérêt de la société, contre les dégâts pour l’homme, quelque part au nom de « l’espèce humaine » et de sa survie à long terme, que les écologistes luttent contre toutes les formes de pollution, empêchent l’exploitation du gaz de schiste et se font les défenseurs légitimes du développement durable.

Pris ici en flagrant délit d’incohérence fondamentale, les verts sont en fait parvenus sans le savoir à un tournant historique qu’ils auraient intérêt à sérieusement négocier. Sont-ils bien verts, ou rouges à l’intérieur rien que pour ne pas avoir l’air blanc vis-à-vis de l’extérieur ? L’écologie est-elle autre chose qu’une auberge espagnole ? Telles sont les questions de fond auxquelles les écologistes sont de fait confrontés, eux qui ont récemment redécouvert la notion centrale de « bien commun » (3).

Soit en effet ils représentent un mouvement de fond contre le volontarisme débridé et l’expérimentation irresponsable que le monde socialiste avait en son temps poussé, pensait-on alors chez les antitotalitaires, jusqu’à ces dernières limites à l’égard de la nature et des hommes, soit ils soutiennent une expérimentation sociale du troisième type sur la « société bourgeoise » à laquelle ni Hitler ni Staline, ni Mao n’avaient même songé, sortie tout d’un coup du cerveau ébouriffé d’une minorité agissante (les « néo-niveleurs » que sont les partisans d’une société asexuée d’un nouveau « genre »). Mais alors leur combat pour le respect de la nature devient une aimable plaisanterie et un pur déguisement idéologique pour une destructuration d’une envergure encore inconnue jusque-là ethnologiquement parlant.

S’ils veulent effectivement limiter la toute puissance de l’homme sur la nature, au nom de ses effets négatifs sur la société humaine, ce qui fait sens et correspond à une sensibilité contemporaine éclairée très largement partagée, alors ils doivent s’opposer à la manipulation génétique directe de la société humaine, au risque de se fâcher avec quelques compagnons de route dont l’ambiance libertaire post-soixant’huitarde les a rapprochés de manière en fait contingente et de se priver de quelques postes ministériels.

Ils y gagneraient la cohérence nécessaire à leur survie à terme en tant qu’espèce politique et les partisans du mariage bio un soutien « logique » en provenance des faucheurs de maïs OGM, qui devraient assez naturellement se ranger dans le camp (ou le « champ ») des tenants de la biodiversité sexuée du « genre humain ».

Les « progrès » de la science et les « évolutions » de la société rendent incontournable le choix des verts entre l’intégration de l’humain dans le champ de l’écologie ou l’abandon pur et simple de toute écologie. Entre le vert de l’espérance et le vert de gris.

1. Voir l’opinion des militants d’Europe Ecologie Les Verts : « Du mariage pour tous à la procréation technicisée » dans La Croix du 27 février 2013 et l’article « La PMA provoque un débat chez les écologistes » dans La Croix du 5 mars 2013.

2. A ce sujet voir la publicité humoristique de Syngenta pour le maintien de l’utilisation des « néonicotinoïdes » pesticide réputé clé pour la protection des semences qui plaide pour la protection simultanée de ces deux espèces que sont l’ « apis mellifera » (l’abeille) et l’ « agricola europaeus » (l’agriculteur européen), dans Horizons agricoles Région centre du 8 février 2013.

3. Voir à ce sujet la lucide réflexion de Daniel Cohn Bendit dans « Pour supprimer les partis politiques !? Réflexions d’un apatride sans parti » Indigènes éditions, 2013., où il lance un « appel à une coopérative politique » dans laquelle prévaudrait « la volonté de favoriser un rassemblement au sein duquel primera la volonté de construire un bien commun ».

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